Partager l'article ! Histoire du Havre de la Gâchère: Photo de la Gâchère, début du 20ème siècle En 1901, le Dr Marcel Baudouin et son ami Georg ...

Photo de la Gâchère, début du 20ème siècle
En 1901, le Dr Marcel Baudouin et son ami Georges Lacouloumère effectuaient au Havre de la Gâchère des fouilles archéologiques dans le but de retrouver
l’emplacement d’un ancien port gallo-romain, le Portus Secor.
Ce mystérieux port, qu’aucun archéologue n’a jamais pu localiser avec précision, était, selon certains historiens, l’endroit où Jules César s’était embarqué en l’an 56 avant Jésus-Christ pour aller combattre le peuple Vénète en Baie de Quiberon.
Une vieille carte Gallia, retrouvée par Baudouin en 1893 dans un musée de Chicago, mentionnait un lieu dit Sécor Portus, Havre de la Gachère... Bien que “des restes de bateaux et les débris d’un port maritime assez important [non datés]” soient retrouvés, Baudouin, lui-même, jugera insuffisant le résultat de ces fouilles.
Aujourd’hui encore l’emplacement des ports gallo-romain est l’objet de nombreux débats… Quoi qu’il en soit, le Havre de la Gâchère, situé au nord de la Baie d’Olonne, à l’embouchure des rivières de l’Auzance et de la Vertonne, devait être un lieu d’escale privilégié pour tous les bateaux qui longeaient la côte.
D’après le Dr Baudouin, le Havre de la Gâchère, au 12ème siècle, se serait appelé le “ Goulet de Doët ”. Si cet
ancien nom du Havre a bien existé, il a du être abandonné depuis fort longtemps. En effet, des cartes anciennes, comme celle de Mercator
en 1659 ne désignent plus l’endroit que du nom de la “Gaschere Havre dangereux ”.
La pêche, bien entendu, fut l’une des activités importantes de la Gâchère. La chasse à la baleine y fut même pratiquée jusque vers la fin du 16ème siècle.
Il faut s’imaginer nos fiers et courageux marins brémois, armés de lances et de harpons, se lançant sur de petites embarcations à rames à la poursuite de ces monstres marins !
Dans son dictionnaire Toponymique Edmond Boquier signalait à la Gachère quelques maisons anciennes, avec "pierres de bois" (vertèbres de baleine dans les murs, cf. Terres Vendéennes).
Avec la pêche, le sel sera pendant des siècles une ressource importante des villages de la Gâchère et de la Chabossière. C’est grâce à son exploitation que le port de la Gâchère a connu jusqu’au début du 19ème siècle une certaine activité. En 1810, 106 tonnes de sel y seront embarqués.
Le comblement progressif de la baie avait permis l’aménagement des salines d’Olonne, et, au 7ème siècle, elles approvisionnaient déjà tout le centre de la Gaule. Au 18ème siècle leur production avoisinait 60 000 tonnes par an, mais un siècle et demi plus tard elle n’atteignait plus que 4000 tonnes… Outre la concurrence des sels du midi de la France, la disparition des salines fut avant tout liée à un phénomène naturel : L’ensablement du port de la Gâchère.
Quartier de la Gachère en 1703
Sous l’action des grandes marées, il n’était pas rare qu’une barre de sable se forme à l’entrée du Havre. L’eau de pluie et des rivières ne pouvant alors plus s’écouler, les marais salants étaient rapidement inondés. En 1767, le curé de St Martin de Brem, Augustin PAILLAUD, notait dans le registre paroissial : “ L’année a été très pluvieuse depuis la Saint Médard. L’eau a été très abondante […] et a submergé beaucoup de marais et emporté beaucoup de sel ”. C’est ainsi que les habitants de Vairé, d’Olonne et de Brem étaient souvent obligés de se regrouper afin d’ouvrir dans la barre de sable du Havre un passage suffisant à l’évacuation des eaux douces. Ces travaux connaissaient parfois un certain succès. En 1741, grâce au plan d’un saunier nommé FRUCHARD, l’ouverture du Havre fut si bien réussie qu’un navire de 60 tonneaux avait pu rentrer dans le port de la Gâchère. Cette ouverture devait résister jusqu’en 1750. Cette année-là, il y eut un ouragan si violent que le port de la Gâchère fut détruit “en entier”.
Sur le plan ci-dessus dressé par M. DOU au début du 20ème siècle, on peut voir l'emplacement des trois chenaux qui se sont succédés tout le long du 19ème siècle. Le chenal situé le plus au nord, au pied de la dune de pue bianc (pue blanc), fut creusé en 1889. Un peu plus au sud on voit le chenal de 1888 et enfin toujours plus au sud celui de 1857. Le chenal actuel avec sa jetée fut inauguré en 1898.
En 1836, sous l’impulsion du tout nouveau Syndicat des Marais de la Gâchère, l’Etat promet l’aménagement d’un port au Havre de la Gâchère ; mais devant la difficulté des travaux le projet est bien vite abandonné…
C’est en 1874 qu’est aménagé à Olonne
le canal de dérivation de la Bauduère. Selon l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, M. Jules
DINGLER (futur directeur général des travaux du canal de Panama), ce canal doit permettre à lui seul l’écoulement, par les Sables d’Olonne,
des eaux de l’Auzance et de la Vertonne. Dès lors, abandonné aux aléas des tempêtes et des grandes marées, le sort du Havre de la Gâchère semble définitivement scellé.
Pourtant, 15 ans plus tard, l’optimisme de M. DINGLER n’est plus de mise. Le canal de la Bauduère se révèle insuffisant à l’écoulement des eaux. Ce manque de renouvellement transforme bientôt les marais en marécage pestilentiel. Des épidémies de malaria, de typhoïde se développent rapidement. Elles causeront le décès de très nombreuses personnes .
A Brem, la situation est des plus préoccupantes . Un extrait du Registre des Délibérations du Conseil Municipal daté du 28 août 1892 nous renseigne sur “ l’état malheureux au point de vue hygiénique des populations […] près de l’embouchure du Havre de la Gâchère, […] la désolation de ces contrées causée par la persistance des fièvres paludéennes, ainsi que “ le manque de circulation des eaux dans la rivière et le dessèchement des marais amenant des exhalaisons malsaines d’un effet le plus pernicieux ”.
Vue de l'Océan, l'entrée du Havre de la Gachère à marée basse (années 1990)
Enfin, l’année 1893-94 les travaux de réouverture du Havre sont, cette fois-ci, bien engagés, et, en 1898, le tout nouveau port de la Gâchère est inauguré “ en grande pompe ” par le Ministre des Travaux Publics, Louis BARTHOU. Dressé sur la jetée, un obélisque de granit, “ la Madone ”, commémore cet événement.
Photo de la Gâchère, début du 20ème siècle
En toute saison, le village de la Gâchère attire les promeneurs. Est-ce dû au reflet de ses maisons dans les eaux tranquilles de son chenal, ou encore au charme pittoresque de ses curieuses
ruelles?... L’écrivain vendéen, Louis CHAIGNE, parlant de la Gâchère affirmait
: “ Nous avons constamment l’illusion d’être transportés dans une Hollande de rêverie. Si j’étais peintre, j’aurais depuis longtemps posé là mon chevalet. ” Voila peut-être la véritable magie de l’ancien port de la Gâchère : Nous faire voyager tout en restant à quai!
Jacques Troger
D'autres photos anciennes du Havre de la Gachère en cliquant ici
Visiteurs
depuis le 5/12/2009